Mercure et cyanure dans l’orpaillage- Menace sur la santé et l’agriculture, sensibilisation et répression à exploiter

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08 août 2017 (lepaysan.ci) La question de l’orpaillage clandestin est plus que jamais d’actualité en Côte d’Ivoire. Pour endiguer le phénomène, le gouvernement ivoirien adopte un programme triennal en 2013. Malgré les actions menées, le phénomène perdure. Quelles nouvelles actions pour le contenir ?

Sonnette d’alarme. L’orpaillage non organisé est un fléau pour la Côte d’Ivoire. « Pendant la législature passée, nous sommes allés à Divo à Bolikro, à Hiré, à Tongon. Nous avons fait la zone de Korhogo pour nous rendre compte des dégâts environnementaux. C’est également un problème de santé publique à cause de l’utilisation du mercure. Les clandestins ne savent même pas que c’est dangereux. Ils lavent la poussière sur l’or avec du mercure. Ils manipulent avec les mains sans gants. Les hommes, les animaux, touchent au mercure », tel est le constat de Yacouba Sangaré, député de Koumassi et membre de la Commission de la Recherche, de la Science, de la Technologie et de l’Environnement, interrogé par Poleafrique.info. Il ajoute à son témoignage que, « les clandestins creusent des trous partout. Ils rendent les superficies impropres à l’agriculture. C’est également un danger pour l’élevage. On enregistre également des pertes en vies humaines avec les effondrements dans les galeries », alerte le député de Koumassi, par ailleurs, président du Réseau ivoirien des parlementaires pour la protection de l’environnement et des forêts.

Bien qu’encadré par un dispositif institutionnel et légal, l’activité d’orpaillage est de plus en plus pratiquée de manière clandestine dans le pays causant des nuisances et des conséquences  environnementales et sanitaires.

A en  croire le député, le trafic jouit d’un réseau bien orchestré. « C’est un circuit organisé qui connait une forte complicité des cadres des régions, et des chefs de terre », révèle-t-il.

Par ailleurs, une intéressante investigation de l’ONG Action pour la Protection des Droits de l’Homme dans la zone de Divo fait état de l’usage de cyanure dans le traitement de l’or par certaines entreprises.

Mercure et cyanure, des produits dangereux

« Le cyanure est un composé chimique fait d’un assemblage d’atome d’azote et de carbone. Il existe plusieurs dérivés du cyanure mais le cyanure de sodium est plus utilisé dans l’exploitation de minerais et notamment de l’or. Ce dérivé agit avec l’eau et se décompose en donnant un gaz très inflammable et très toxique : le cyanure d’hydrogène », informe Boidou Noël, enseignant de Sciences physiques et de chimie, membre du bureau national du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire, interrogé par Poleafrique.info. Il précise que l’effet du produit sur l’organisme dépend de sa concentration ainsi que du temps d’exposition à cette substance.

« L’intoxication au cyanure se produit quand un organisme vivant est exposé. Il entraîne des  Vertiges, sensation d’ébriété, état confusionnel, troubles respiratoires légers pour ce qui est des formes légères des symptômes », note le scientifique. L’enseignant de sciences physiques et de chimie explique que les symptômes peuvent prendre une forme aiguë. « Cette forme ressemble à une crise d’anxiété. On note une  phase d’excitation avec hyperventilation, puis de dépression. Il y a également les mouvements respiratoires rapides accompagnés d’une sensation d’oppression avec parfois maux de tête, vertiges ou sensation d’ébriété. La crise évolue rapidement (5 à 20 minutes) vers un coma puis arrêt cardio-respiratoire », précise l’enseignant. Il n’exclut pas la forme foudroyante, c’est-à-dire la mort en quelques minutes par coma convulsif.

Quant au mercure, le spécialiste interrogé par Poleafrique indique qu’il s’agit d’ « un métal liquide inodore, d’un blanc argenté, à température ambiante. Il est indissociable de l’or, qu’il permet de purifier. Les vapeurs de mercure sont nocives surtout utilisées dans des installations artisanales. Le mercure est très toxique et il peut être fatal par inhalation et nocif par absorption cutanée». Pour ce qui est des  risques encourus, le professeur de lycée énumère l’ irritation des voies respiratoires, liées à l’inhalation de vapeurs, des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées), une stomatite (inflammations de la muqueuse buccale). « On note aussi des effets nocifs sur les reins. Il peut aussi entraîner des lésions pulmonaires », prévient l’enseignant. Il note que la chaleur, les flammes et les surfaces métalliques sont des conditions à éviter lors de l’utilisation du mercure. Pour la manipulation de grandes quantités, il suggère de travailler en système clos. C’est pourquoi, indique Boidou Noël, pour les expériences au laboratoire, les chercheurs travaillent sous aorte.

Si les laborantins se protègent, ce n’est pas le cas pour les orpailleurs clandestins. Non seulement ils s’exposent eux-mêmes, mais ils exposent également l’environnement et la santé des populations.

En Côte d’Ivoire, l’orpaillage clandestin est pratiqué sur plus de 1000 sites.  Il est indiqué que 500 000 personnes vivent de cette activité. En  2012, les estimations  indiquent que l’orpaillage génère entre 6,5 et 9 milliards FCFA en chiffre d’affaires. Un chiffre  qui alimente la contrebande malgré les dangers.

L’Etat ivoirien n’est pas insensible.  En 2013, il  adopte un Programme triennal de rationalisation de l’orpaillage. Ce qui conduit  à  la fermeture de 429 sites illicites, l’interpellation de centaines d’orpailleurs clandestins, la saisie d’armes, de munitions, de produits chimiques et de stupéfiants. On note, à l’actif de l’Etat, l’installation de 68 Comités Techniques Locaux (CTL) dans les différentes régions.  Ces comités sont chargés  d’assurer la veille et la mise en œuvre au niveau local du Programme.

Malgré ces actions, il est constaté une résurgence des activités des orpailleurs clandestins avec 185 sites d’orpaillage clandestin, dont 142 anciens sites recolonisés et 43 nouveaux sites illicites créés.

Au sortir d’un séminaire à Yamoussoukro  courant 2017, le ministère de l’Industrie et des Mines entend poursuivre la sensibilisation des acteurs impliqués dans l’orpaillage et engager des mesures efficaces pour combattre ce phénomène. Il est donc  temps que les pouvoirs publics passent à la phase répressive.

C’est également l’avis de l’élu du peuple Yacouba Sangaré: « La sensibilisation tout azimuts des acteurs impliqués. A côté il faut accentuer la répression. On ne peut pas mettre des gendarmes partout mais il faut trouver une solution pour maintenir la pression. Par ailleurs, il faut encourager les jeunes à la reconversion en planifiant des mesures incitatives  et en organisant les activités génératrices de revenus», soutient le député de Koumassi.

Source : poleafrique.info

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