Matières premières : le maïs au cœur d’une crise agricole en Afrique de l’Est

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11 octobre 2017 (lepaysan.ci) Le maïs est un produit de base, très consommé en Afrique de l’Est. Or, la sécheresse qui a prévalu pendant la saison agricole dernière a plombé les récoltes de maïs, et la prolongation de ces conditions météorologiques cette saison est de mauvais augure. Une situation qui a également eu ses effets sur les deux greniers de la sous-région, l’Ethiopie et la Tanzanie, qui ont restreint leurs exportations. Résultat : les voisins tentent de s’approvisionner à l’étranger.

« Il faut trouver du maïs (et vite !) pour répondre à la demande et nourrir nos populations ! ». C’est à peu près dans cet état d’esprit que sont certains pays d’Afrique de l’Est en ce moment. Grande consommatrice de cette céréale des plus cultivées au monde, la sous-région vit depuis peu comme marchant sur des œufs quand il s’agit de maïs. Et pour cause, la sécheresse qui a frappé la saison agricole dernière, suivie du phénomène climatique La Nina ont eu de lourdes conséquences sur la production.

Au moment où la flambée de la tonne de maïs se veut sévère, car désormais à 900 dollars US, le Burundi a annoncé, la semaine dernière, une baisse importante de sa récolte de maïs (plus de 50% avec le haricot dans le nord-est du pays, région agricole par excellence). Une annonce déjà faite par le Rwanda en septembre dernier. Et la situation est identique dans tous les autres pays à quelques exceptions près.

Veto sur les exportations

L’idée d’une éventuelle famine à venir crée la panique. Face à la réalité climatique, les pays de la sous-région ont d’abord joué la carte de la solidarité. Tout le monde exportait vers tout le monde. Mais alors que les autorités tanzaniennes encourageaient les commerçants à vendre aux pays voisins le surplus de maïs récolté, elles se sont vite raviser pour les interdire.

Deuxième grenier d’Afrique de l’Est après l’Ethiopie et quatrième producteur africain avec 6,7 millions de tonnes de maïs en 2014, la Tanzanie en a expédié des dizaines de milliers de tonnes vers ses voisins. Et alors que la rumeur veut que le pays soit bientôt incapable de répondre à la demande intérieure, le premier ministre, M. Kassim Majaliwa, a tenu à rassurer la population début janvier, affirmant que le gouvernement contrôle la situation, ayant prévu une réserve d’environ 10 500 tonnes.

Le 20 janvier dernier, le président Kenyan, Uhuru Kenyatta s’y est également mis, interdisant toute exportation de maïs, jusqu’à ce que le pays arrive à se relever de cette « crise » agricole.

 Plaidoirie pour une hausse du prix local au Kenya et Rwanda

A la base, le maïs représente l’un des principaux produits importés au Kenya, avec 4,31% des importations en 2009. Au niveau local, les agriculteurs se plaignent de ne pas pouvoir faire de recettes conséquentes sur la vente des récoltes, en raison de la faiblesse des prix. La semaine dernière, ils ont lancé un appel au gouvernement pour une hausse du prix du maïs. Une demande à laquelle ni le président Uhuru Kenyatta, ni son gouvernement n’a pour l’heure donné de suite. Sans réaction de l’Etat, les agriculteurs dans la région du nord du Rift, notamment, thésaurisent leur production, attendant des jours meilleurs (côté prix) pour la mettre en vente.

Le même râlement se fait entendre du côté du Rwanda où le gouvernement a décidé de baisser à 160 Franc rwandais (Rwd) à partir du 1er janvier 2017 le prix minimum du kilo de maïs contre 230 Rwd précédemment. Les commerçants estiment que seule une hausse du prix poussera un plus grand nombre de Rwandais à se lancer sans la culture du maïs, ce qui permettra de stimuler la production et les revenus des ménages.

L’Ouganda, qui s’est transformé en grenier sous-régional après les restrictions de la Tanzanie, aurait exporté vers ses voisins plus de 28 000 tonnes de maïs d’une valeur de 14 millions de dollars au cours du dernier trimestre 2016, rapporte The East African. Durant le seul mois de janvier, les ventes en Afrique de l’Est du maïs ougandais auraient atteint 13 312 tonnes, principalement vers la Tanzanie (7 240 tonnes), suivie du Rwanda (3 566 tonnes) puis du Kenya (2 506 tonnes).

L’Amérique du Sud à la rescousse ?

Les populations doivent se nourrir, les entreprises doivent surmonter la crise. Pour approvisionner ses populations, le gouvernement kenyan envisage l’importation de maïs en provenance d’Amérique du Sud, plus précisément du Mexique.

 « Nous avons établi que le Mexique a le maïs blanc suffisant pour répondre à nos besoins. Nous avons discuté de la question avec eux. Nous allons finaliser les plans et décider du montant à l’importation et les délais pour l’envoi », a déclaré à la presse le ministre kenyan de l’Agriculture, Willy Bett.

Il faut cependant rappeler que la planète entière est touchée par les changements climatiques et la faiblesse des prix des matières premières agricoles notamment, ce qui ne laisse aucune région indifférente. Certes l’indice FAO publié jeudi 2 février prévoit une tendance haussière pour les prix des céréales, leur indice ayant déjà augmenté de 3,4% depuis décembre, atteignant son plus haut niveau depuis six mois et entraînant une hausse de la valeur du blé, du riz et du maïs. Mais selon certains analystes, il serait encore trop tôt pour se réjouir !

Source : vonews.net