Des jeunes pratiquent la pisciculture dans les étangs

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27 mars 2016 (lepaysan.ci)  Trois étangs piscicoles contenant chacun 6.000 carpes et silures sur une superficie d’environ 400 ares, situé non loin de Tiassalé,  dans le sud de la Côte d’Ivoire, sont aménagés par Mathieu Djessan, 29 ans, et trois amis. Les jeunes pisciculteurs alimentent ces poissons en sons de riz.

«Ces poissons vont constituer notre troisième production en 13 mois. Elle est prévue en mai. Les deux premières vendues entre décembre 2011 et février 2012 nous ont permis d’écouler sur le marché 5.500 carpes et 4.900 silures. En dépit d’importantes pertes d’alevins, nous avons pu empocher plus de cinq millions francs CFA (environ 10.000 dollars)» déclare Djessan, chef du projet.

Djessan et ses amis ont lancé leur projet sur leurs propres fonds et avec l’aide de certaines bonnes volontés qui ont accepté de leur prêter de l’argent. Ils soutiennent avoir déjà remboursé leur dette d’environ deux millions FCFA (4.000 dollars) et peuvent désormais poursuivre l’aventure sans soucis.

«Nous avions besoin de mener une activité afin de nous prendre en charge. Alors nous avons choisi d’investir dans un secteur qui nous semblait porteur, pas seulement pour la région. Mais aussi pour les endroits du pays où le poisson manque souvent, notamment au nord, au centre et à l’ouest», explique Chantal Aya, 26 ans, amie et partenaire de projet de Djessan.

En effet, il y a deux ans, le poisson se faisait encore rare sur les marchés de Tiassalé et de Sikensi (sud du pays). Et lorsqu’il y en avait, grâce aux ravitaillements effectués à partir de la capitale économique, Abidjan, le poisson n’était pas accessible à toutes les populations parce que trop cher.

«Pour une carpe qui coûte normalement 1.000 FCFA (deux dollars), elle était vendue ici à près de 2.500 FCFA (cinq dollars)», explique à IPS, Eugènie Logbo, vendeuse de poissons, à la gare routière de Tiassalé. «Mais depuis deux ou trois mois, les marchés sont approvisionnés régulièrement par les pisciculteurs, et les prix sont devenus abordables. Une carpe (de 500 grammes environ) revient désormais à 1.500 FCFA (trois dollars)», explique Logbo.

Sur les deux grandes tables de Logbo, sont disposées des carpes. «Elles ne proviennent pas d’Abidjan, mais des étangs piscicoles de la région», dit-elle.

Ailleurs au bord de la lagune Aby à Bonoua (sud-est d’Abidjan), sont construits deux autres étangs de 250 ares, appartenant à Williams Yao Brou, 34 ans. Ils contiennent 3.800 alevins. Si l’année dernière, il a pu vendre près de 3.500 poissons, il envisage, dans les trois prochains mois, d’écouler la totalité de sa production.

«Un problème d’entretien m’a fait perdre des alevins (300), mais je crois que cela ne devrait plus se produire», assure Yao Brou. «Cette activité est devenue plus passionnante quand je vois d’autres jeunes venir vers moi pour se faire encadrer et m’aider… Ce qui nous permet de produire assez et de combler la pénurie périodique de poissons», indique-t-il.

Yao Brou gagne environ trois millions FCFA (6.000 dollars) par production. Il a acquis l’expérience de la pisciculture des étangs au début des années 2000 lorsqu’il exploitait une partie des 1.875 ares d’étangs aménagés en 1996 à Mahapleu, dans l’ouest du pays, grâce à un financement de la Banque Africaine de Développement. Le projet a été délaissé en 2007, faute d’investissement et de réhabilitation des étangs.

En plus d’approvisionner les marchés, les jeunes pisciculteurs recherchent de nouveaux débouchés pour leur production. «Vendre sur les marchés ou aux abords des gares routières n’est pas vite rentable. Nous trouvons des restaurants à approvisionner pour écouler rapidement nos poissons», souligne Aya, précédemment étudiante en gestion commerciale à Abidjan. Faute d’avoir obtenu un emploi dans la capitale commerciale, elle a opté pour l’auto-emploi dans la pisciculture.

«Généralement, c’est l’obtention du fonds de roulement qui pose problème. Mais aujourd’hui, les jeunes ont de plus en plus compris la nécessité de partager leurs idées et leurs projets, trouver un peu de moyens ensemble pour démarrer», explique Yao Brou.

Selon Dramé Sékongo, ingénieur agricole à Tiassalé, la pisciculture en étang demande un minimum d’outils, d’argent et de savoir faire. «Ce qui fait que des agriculteurs ivoiriens, notamment les jeunes, commencent à creuser des étangs dans des bas-fonds, à côté des rizières pour gagner de petits revenus. Cependant, un appui gouvernemental devrait les aider un peu plus», dit-il.

La Côte d’Ivoire et le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) ont signé, le 16 mars à Rome, un accord de financement pour un projet d’appui à la production agricole et à la commercialisation d’une valeur de 22,5 millions de dollars dans trois régions du nord (Bouaké, Korhogo et Bondoukou), indique un communiqué de l’organisation.

L’objectif est d’aider à améliorer la sécurité alimentaire et les revenus des petits producteurs, en particulier les jeunes et les femmes du monde rural. Cofinancé par le gouvernement ivoirien, ce projet sera mis en œuvre par le ministère de l’Agriculture et profitera directement et indirectement à plus de 25.000 familles rurales pauvres, dont les femmes et les jeunes, souligne le FIDA. (FIN/2012)