Dr Adama Coulibaly: toutes les machines exposées au SIETTA 2016 ont été achetées

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Dr Adama Coulibaly, DG du Conseil du Coton et de l'Anacarde se prononçant sur la fuite des noix de cajou

Le Directeur Général du Conseil du Coton et de l’Anacarde, Dr Adama Coulibaly était l’invité le dimanche 04 décembre 2016 du Journal télévisé de 13h sur la chaîne nationale ivoirienne RTI1, pour vous, l’équipe de www.lepaysan.ci revient sur l’intégralité de son intervention. Entretien

1) Journaliste RTI1 : Comment se porte la filière anacarde ?

Dr Adama Coulibaly : La filière anacarde se porte bien, j’allais même dire très bien.

2) Journaliste RTI1 : Le prix du kilogramme de cajou est estimé à combien aujourd’hui ?

Dr Adama Coulibaly : Pour cette campagne, le gouvernement a fixé le prix de la noix de cajou à 350 F CFA bord champ. Dès la première semaine, les prix se sont envolés et ont atteint 600 F CFA voire 650 F CFA dans certaines localités. Mais la norme pour l’ensemble de la campagne tourne plutôt autour de 500 F CFA le kg.

3) Journaliste RTI1 : On peut aller au-delà du prix fixé mais pas en dessous ?

Dr Adama Coulibaly : En réalité lorsque le gouvernement fixe un prix c’est un prix plancher et pour cette campagne, c’est le prix de 350 F CFA qui a été choisi comme prix plancher. Mais compte tenu du jeu de l’offre et de la demande, les prix ont grimpé et se sont stabilisés autour de 500 F CFA avec des endroits dont les prix sont montés jusqu’à 600 F CFA voire 650 F CFA.

4) Journaliste RTI1 : Quelles sont les mesures prévues pour les « petits malins » qui voudraient bien réduire le prix du kilogramme ?

Dr Adama Coulibaly : Je peux vous rassurer qu’ils n’ont pas de marge de manœuvre parce que nous avons des comités de veille, des autorités préfectorales, nos agents et les forces de l’ordre qui sont à leur trousse.

5) Journaliste RTI1 : De 350 à 600 F CFA, le paysan peut bien gagner sa vie si tout est bien organisé mais y’a de nouveaux risques tout de même ?

Dr Adama Coulibaly : Effectivement il existe des risques mais ce sont des risques déjà connus dans d’autres filières comme le cacao. Il faut reconnaitre l’anacarde a pris de la valeur ces dernières années. Autrefois, l’anacarde présentait peu d’intérêt pour l’économie. Aujourd’hui, un camion de 30T en termes de revenus est l’équivalent d’un camion citerne de gasoil de 30.000 litres. On peut dire que la filière est victime de son propre succès.

6) Journaliste RTI1 : Il faut donc sécuriser les producteurs, les transformateurs, le secteur…

Dr Adama Coulibaly : Nous sommes en train de travailler à la mise en place d’une plateforme avec les forces de l’ordre, les autorités préfectorales et sous-préfectorales, les transporteurs, les acheteurs, les exportateurs. Cette plateforme va donc se pencher sur les questions sécuritaires.

7) Journaliste RTI1 : Nous savons que l’anacarde se comporte bien sur le marché international, ne craignez-vous pas que les populations abandonnent des spéculations comme le coton, le café et même le cacao au profit de l’anacarde ? Quelles sont les dispositions que vous avez prises au niveau du Conseil du Coton et de l’Anacarde ?

Dr Adama Coulibaly : Je pense que le café et le cacao n’ont pas beaucoup de risques à courir avec l’anacarde parce que géographiquement ces spéculations se sont naturellement reparties dans le pays. L’anacarde pousse dans la partie septentrionale  du pays tandis que le café et le cacao poussent dans la partie sud par contre avec le coton il y’a une vraie menace. Le coton est une plante annuelle et elle est très exigeante. Lorsque les tiges ne sont pas intéressantes alors les planteurs ont tendance à transformer leurs parcelles en cultures pérennes (les manguiers, l’anacardier…). La solution n’est pas de remplacer une spéculation par une autre. Il faut plutôt que les planteurs diversifient leurs activités de sorte que lorsque l’anacarde baisse, le coton puisse compenser et vice-versa.

Si vous vous rappelez de l’hévéa, vous comprendrez de quoi je parle. Des planteurs ont arraché le cacao, des parcelles de vivriers et bien d’autres spéculations, pour planter l’hévéa. A mon humble avis, je pense que c’est une expérience à ne plus refaire.

8)  Journaliste RTI1 : Combien de temps mets t-on pour qu’un champ rentre en production ?

Dr Adama Coulibaly : Avec la recherche aujourd’hui qui a pu stabiliser trois génétiques, à partir de deux ans on a les premières récoltes,  il faut donc attendre seulement 4 ans pour avoir une vraie récolte.

9) Journaliste RTI1 : Le changement climatique ne joue pas sur la récolte ?

Dr Adama Coulibaly : En ce qui concerne le changement climatique, il faut rappeler que cela joue sur toutes les plantes qui dépendent de la pluviométrie mais l’anacardier a une spécificité car c’est une plante qui a été introduite pour lutter contre la désertification et la déforestation. C’est une plante stabilisatrice de sol et donc à ce titre elle est très utilise pour la Côte d’Ivoire.

10) Journaliste RTI1 : Nous allons parler maintenant de la transformation de l’anacarde, la Côte d’Ivoire produit environ 700.000 tonnes et la transformation locale est estimée à 10%. Ce n’est pas suffisant

Dr Adama Coulibaly : Oui ce n’est certainement pas suffisant. Il faut dire que les 702.510 tonnes ont été produits en 2015. En 2016 compte tenu de la pluviométrie qui a été un peu capricieuse, nous sommes à 649.285 tonnes soit une légère baisse de 7%.  En ce qui concerne la transformation, vous connaissez l’engagement du gouvernement et les instructions du Président de la République. Pour l’anacarde, l’objectif fixé est de 100% à l’horizon 2020 alors le gouvernement nous a instruit de chercher les solutions qui vont permettre d’aller vers cette transformation totale de nos productions. C’est ce que nous faisons à travers un certain nombre d’initiatives dont le Salon International des Equipements de Technologies et de Transformation de l’Anacarde (SIETTA).

11) Journaliste RTI1 : C’est un secteur pourvoyeur d’emplois a t-on appris, que dire aux jeunes ivoiriens qui aimeraient s’intéresser à ce secteur d’activité?

Dr Adama Coulibaly : L’anacarde est véritablement un secteur qui regorge pleines de potentialités et de promesses pour l’emploi. En effet une unité d’une capacité de 2.000 tonnes emploie une trentaine de personnes, lorsque qu’on multiple le nombre de ces unités en tenant compte de la production actuelle, vous comprendrez ce que ça représente comme opportunités. Mais l’anacarde est une des rares spéculations à tirer les investisseurs dans le lieu de production. Aujourd’hui vous avez des unités installés dans les localités comme Fronan et autres… Ceci représente une réelle opportunité pour la jeunesse ivoirienne.

12) Journaliste RTI1 : Il parait aussi que le secteur intéresse les femmes… la question du genre

Dr Adama Coulibaly : Absolument car les femmes sont les plus représentées dans les unités de transformation.

13) Journaliste RTI1 : Cela est dû à quoi ?

Dr Adama Coulibaly : Cela est dû au faite qu’il y’a un certains types de travaux qui demandent assez de patience afin que les amandes soient inattaquables sur le plan international or les hommes n’ont pas toujours cette patience de prendre un couteau pour gratter sur une amande afin qu’elle présente conformément aux normes internationales.

14) Journaliste RTI1 : Toute à l’heure, vous avez parlé de la 2ème édition du SIETTA, vous avez permis aux équipementiers de venir présenter leurs machines de transformation de l’anacarde, est ce que ces machines ont répondu aux besoins des transformateurs ivoiriens ?

Dr Adama Coulibaly : Je voudrais profiter de cette question pour remercier le Président de la République SEM Alassane OUATTARA et le Premier Ministre Daniel Kablan Duncan qui nous a fait l’honneur d’assister aux deux sessions inaugurales du SIETTA. C’est d’ailleurs à la première édition qu’il a décidé d’institutionnaliser le SIETTA. Nous lui sommes infiniment reconnaissants pour ça.

Cette deuxième édition a été très productive pour la Côte d’Ivoire en ce sens que des équipementiers sont venus de divers pays tels que la France, l’Italie, le Sri Lanka, l’Inde et le Vietnam. Nous avons eu 25 équipementiers dont 18 sont venus avec des machines. Il faut retenir que sur les 18, il y’a 12 qui sont venus de l’international et 6 nationaux. Je vous rappelle que les objectifs du SIETTA c’est faire la promotion des équipements et des technologies de transformation, encourager les équipementiers çà venir s’installer en Côte d’Ivoire et encourager la consommation des produits dérivés de l’anacarde.

Pour répondre à votre question, j’affirme que les équipements qui sont venus ont répondu à l’attente des transformateurs ivoiriens car ils ont tout acheté à part une machine sinon tout le  reste a été vendu et acheté.

15) Journaliste RTI1 : Lors de cette deuxième édition, nus avons assisté à une signature de convention, de quoi s’est il agit ?

Dr Adama Coulibaly : Le SIETTA 2 a été marqué par des moments extrêmement forts dont la signature de la convention. Il s’agit de la mise en place d’une organisation internationale pour adhérer les questions de l’économie de la filière anacarde au plan international. Nous avons donc assisté à la signature qui a mis en place CICC qui est le Conseil International Consultatif du Cajou. Le CICC c’est l’équivalent de l’OPEP pour le pétrole, l’ICCO pour le cacao, l’ICAC pour le coton. La création de cette organisation met la Côte d’Ivoire en bonne position pour être le leader de l’anacarde dans le monde.

16) Le siège sera où ?

Le siège sera à Abidjan plus que les experts qui ont travaillé sur les textes fondateurs du CICC ont décidé à l’unanimité que le siège soit à Abidjan. Ce qui a été accepté par nos autorités.

17) Journaliste RTI1 : Que peut-on faire avec l’anacarde ?

Dr Adama Coulibaly : Je peux vous dire qu’on fait beaucoup de choses avec l’anacarde. L’arbre déjà lutte contre l’érosion. Mis il y’a surtout le fruit de l’anacarde qui présente deux éléments la pomme et la noix. Avec la pomme, on peut faire de la fabrication des emballages bio plastiques en passant par les jus, les confitures… Quant à la noix, elle sert dans la pâtisserie, à faire des gâteaux etc… Je peux vous citer une multitude de produits dérivés.

D.S (lepaysan.ci)