Côte d’Ivoire : bientôt la fin du calvaire pour la filière hévéa ?

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30 mars 2017 (lepaysan.ci) La hausse des cours du caoutchouc naturel (hévéa) dépasse très largement les prévisions. Pour l’entreprise ivoirienne, cela pourrait être enfin l’occasion de renouer avec les bénéfices.

On tablait pour 2017 sur une reprise timide du cours du caoutchouc, attendu autour de 1,57 dollar (1,48 euro) le kilogramme contre une moyenne de 1,50 dollar en 2016. Mais, en ce début d’année, le caoutchouc naturel, tiré de la sève de l’hévéa, s’est envolé jusqu’à un pic de 2,70 dollars en février. Ce rebond, d’autant plus spectaculaire qu’il était inattendu, est analysé par Commerzbank dans une note publiée début mars : « L’offre et la demande ont connu des tendances à l’opposé de ce qui était attendu il y a un an, avec une demande incroyablement dynamique couplée à une offre faible. »

Les récoltes de 2016 ont été moins satisfaisantes que prévu, en raison notamment de fortes pluies qui ont frappé la Thaïlande, premier producteur mondial. Du côté de la demande, l’industrie automobile chinoise a été stimulée par des réductions de taxes, et ses ventes devraient continuer de croître de 5 % en 2017, ce qui est de bon augure pour la consommation nationale de caoutchouc naturel.

Lente augmentation des prix 

Si on est loin des niveaux mirobolants enregistrés entre 2009 et 2011 (plus de 6 dollars le kilogramme), cette reprise devrait être durable, selon les analystes de la banque allemande, qui envisagent que l’année 2017 confirme le retour à une situation de déficit mondial. Une bonne nouvelle pour les producteurs africains comme la Côte d’Ivoire (60 % de la production d’hévéa sur le continent, soit 350 000 tonnes environ), et notamment pour son leader historique SAPH (Société africaine de plantations d’hévéas).

La société a profité de cette période de vaches maigres pour faire le nécessaire et briller le jour où les cours reprendront

La filiale du groupe Sifca, premier employeur privé du pays, a connu de sombres heures ces dernières années, sans que la vente de cet ancien joyau du groupe soit envisagée, comme cela a été rappelé dans nos colonnes en octobre 2016. Après un résultat net de 45,6 milliards de F CFA (69,5 millions d’euros) en 2011, SAPH avait en effet essuyé des pertes : 3,8 milliards en 2014 puis 1,8 milliard en 2015 (le bilan 2016 n’est pas encore connu).

Résultats des investissements

Cette reprise du marché suffira-t‑elle à redresser la barre ? Contactée, la direction du groupe n’a pas souhaité répondre à nos demandes d’interview. Mais pour Diakaridja Koné de la société de bourse Hudson, « grâce à la remontée des cours, SAPH va pouvoir sortir du rouge. Si les cours se maintiennent, le résultat net pourrait atteindre 1 à 2 milliards de F CFA en 2017 ». Tout d’abord parce que la marge se libère dès que le marché monte, alors qu’elle est très limitée lorsque le cours est bas en raison d’un prix plancher garanti au producteur.

De plus, l’entreprise a lourdement investi ces dernières années : ses usines sont passées d’une capacité annuelle de 120 000 t en 2013 à 180 000 t en 2016, et un nouveau système d’information, SAP, va permettre de réduire les coûts fixes. Pour Seydina Tandian, fondateur de l’agence de notation Wara, ces investissements seront même plus centraux que la baisse des cours dans le redressement de SAPH.

« La société a profité de cette période de vaches maigres pour faire le nécessaire de façon à briller le jour où les cours reprendront », estime l’entrepreneur sénégalais, qui compte SAPH parmi ses clients mais ne laisse filtrer aucun renseignement sur les résultats non publiés à ce jour.

Optimisme modéré

L’embellie des résultats sera cependant limitée. La Côte d’Ivoire a mis en place une taxe sur le chiffre d’affaires des sociétés productrices lorsque le prix du caoutchouc ivoirien, fixé mensuellement, dépasse les 1 000 F CFA. Avec un prix qui tourne autour de 1 300 F CFA depuis le début de l’année, Diakaridja Kone rappelle que, théoriquement, le montant de cette taxe devrait atteindre 3,5 % des revenus de SAPH.

À moins que les autorités ne reviennent sur cette fiscalité mise en place en 2012, juste au moment de l’effondrement des cours, et plusieurs fois remaniée face à la bronca des producteurs de cette matière première très cyclique.

DES HAUTS ET DES BAS

Le rebond des cours est d’autant plus apprécié des producteurs qu’il y a un an le caoutchouc naturel s’échangeait à la Bourse de Singapour à 1 dollar le kilogramme, son plus bas niveau septembre 2003, rappelle Commerzbank. Avec une hausse de 80% entre septembre 2016 et février 2017, le matériau retrouve des sommets qu’il n’avait plus atteints depuis la fin de 2013.

Source : jeuneafrique.com

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