Bien cultiver l’igname en Côte d’Ivoire

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Les ignames sont appréciées par les Ivoiriens

Avec une production de 3 millions de tonnes en 2003, l’igname est la culture vivrière la plus importante en Côte d’Ivoire. On distingue habituellement deux groupes principaux : les ignames précoces et les ignames tardives.

Les ignames Dioscorea cayenen-sis et Dioscorea rotundata sont d’origine africaine. Certaines sont précoces et sont récoltées deux fois au cours du même cycle cultural. La première récolte (juillet-septembre) donne des tubercules destinés surtout à la

consommation. La seconde récolte (janvier) est principalement utilisée comme semenceaux. D’autres D. cayenensis – rotundata sont tardives et n’ont qu’une

récolte. Cependant, plusieurs des variétés à une récolte (Krenglé, Gnan) peuvent être exploitées en double récolte. Les ignames tardives (Discorea alata), d’origine asiatique, se récoltent une seule fois (décembre,janvier)

Plantation

Choix du matériel végétal

Pour les ignames précoces

– Utiliser les tubercules obtenus en seconde récolte ;

– Utiliser de grosses boutures de plus de 500 grammes.

Pour les ignames tardives

– Utiliser des fragments de tubercules ;

– Utiliser des boutures beaucoup plus petites (200 à 300 grammes)

 

Choix du terrain

– Préférer les sols fertiles, bien drainés, argilo-sableux ;

– Préférer, comme précédent cultural, des

jachères naturelles de longue durée (5 à 10 ans), des jachères améliorées avec du Pueraria (moins de 5 ans) ou des céréales.

 

Préparation du sol

– En culture manuelle : défricher, brûler et  butter.

– En culture mécanisée : défricher, labourer et billonner.

 

Dispositif et densité de plantation

Pour les ignames précoces:

planter à raison de 5 000 buttes / hectare (1 m x 2 m) ;

 

Pour les types tardifs:

planter à raison de 10 000, voire même 12 500 buttes / hectare (1 m x 1 m ou 1 m x 0,8 m).

 

Mise en place

La production de l’igname est fortement tributaire de la précocité de plantation.

Pour les ignames précoces à deux récoltes

– Planter dès le mois décembre dans les zones à une saison pluvieuse ;

– Recouvrir les buttes avec de la paille ou des feuilles pour conserver l’humidité ;

– Dans le centre du pays, planter dès les premières pluies (mars-avril).

Pour les types tardifs

– Planter en mai-juin.

 

Entretien

Désherbage

L’igname est extrêmement sensible à la concurrence des mauvaises herbes pendant les trois premiers mois de la croissance.

Les méthodes de lutte contre les mauvaises herbes sont les suivantes :

 

Lutte culturale :

Utiliser des variétés compétitives vis à vis des mauvaises herbes (Florido et surtout Brazo fuerte) ;

– Cultiver l’igname derrière une longue jachère ou derrière une culture qui laisse un sol propre ;

– Tuteurer les tiges.

 

Lutte chimique:

Utiliser le Diuron (2 kg par hectare) en pré-levée.

 

Fertilisation

– Il n’est pas indispensable de fertiliser après une très longue jachère ;

– Apporter 200 kg par hectare de NPK  (10.18.18) ou (8.4.20.4 MgO) et 100 kg par hectare d’urée en cours de végétation ;

– Lorsque le sol est fatigué, en plus de la fertilisation standard, apporter 300 kg par hectare de dolomie ou de chaux magnésienne comme amendement.

 

Tuteurage

– Tuteurer les ignames précoces.

 

Protection de la culture

Contre les virus

Symptômes: les viroses sont plus graves sur l’espèce Dioscorea cayenensis-rotundata. Les plants attaqués se développent mal et donnent un grand nombre de tiges, les feuilles prennent des formes anormales et se décolorent.

Méthode de lutte:

éviter de replanter les tubercules infectés. Marquer les plants malades en cours de végétation pour écarter leurs tubercules à la récolte.

Il n’existe pas de traitement systématique

 

Contre les nématodes parasites

Symptômes: ces vers microscopiques se fixent sous la peau du tubercule et provoquent des malformations (galles). Leurs dégâts sont redoutables surtout dans un système d’agriculture sans jachère.

Méthode de lutte : planter les variétés tolérantes (Krenglè ).

Contre les champignons pathogènes

Symptômes

L’anthracnose, la cercosporiose et  diverses attaques fongiques sont responsables d’une affection en culture connue sous le nom de « flétrissement ». Cette maladie affecte surtout les Dioscorea alata et se traduit par le jaunissement, puis le noircissement, le dessèchement et la mort des plants. Elle est favorisée par les débris de récoltes, les plantes réservoirs (adventices…), les semenceaux contaminés et le terrain mal drainé.

 

Méthode de lutte

Utiliser des variétés résistantes et une bonne pratique agricole.

Contre les insectes ravageurs

Symptômes

Les insectes nuisibles sont plus fréquents dans les stocks de tubercules ; les plus dommageables déprécient les tubercules en produisant des galeries (chenilles de papillons, coléoptères …) et des couches superficielles blanches (cochenilles).

Méthode de lutte

La lutte fait intervenir des traitements insecticides (Deltaméthrine à

raison de 3 centilitres par litre d’eau), mais il est recommandé d’opérer un tri rigoureux des tubercules (écarter les tubercules blessés ou attaqués) avant la mise en conservation dans un local bien désinfecté.

 

Récolte et activités post-récolte

Techniques de récolte

Ignames précoces Réaliser la première récolte lorsque l’extrémité inférieure du tubercule n’est plus blanche (juillet – septembre)

Effectuer la deuxième récolte (semenceaux) en décembre-janvier.

Ignames tardives

Récolter lorsque les parties aériennes jaunissent (décembre-mars)

Activités post-récolte

Conservation post – récolte

Ignames précoces: conserver les tubercules sains (non blessés, non parasités) en fosse pendant une période de 1 à 2 mois.

Ignames tardives, conserver les tubercules selon les techniques suivantes :

Claies et paillotes dans les régions humides ;

Paillotes dans les zones à la longue saison sèche.

 

Quelques précautions simples permettent de diminuer les pertes en cours de conservation

Cultiver des variétés à tubercules courts de façon à faciliter la récolte ;

Faire la récolte avec soin afin de limiter les risques de blessure

sur les tubercules ;

Pour les D. cayenensis D. rotundata à une récolte, ne conserver que les tubercules ayant un poids inférieur à 2 kg. Chez les Bêtê – Bêtê, au contraire, ce sont les gros tubercules qui doivent être conservés ;

Faire un triage sévère avant la mise en conservation. Tous les tubercules blessés doivent être éliminés ;

Enlever régulièrement les germes quand ils apparaissent. Les germes doivent être coupés, leur arrachage provoque une blessure qui ouvre la porte aux insectes et aux pourritures ;

Protéger les installations de conservation contre les rongeurs en recouvrant les bases des poteaux avec des boîtes.