Les applications sur téléphone mobile dopent l’agriculture africaine

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09 août 2017 (lepaysan.ci) Pius Mitei, jeune éleveur de poulets de la région de la Rift Valley au Kenya, a retrouvé le sourire. Il a pu relancer son activité agricole l’an dernier grâce à un microcrédit de quelques centaines d’euros qui lui a permis d’acheter les aliments pour sa volaille, la mener jusqu’à son terme et la vendre sur le marché avec bénéfice à la clé. Il est aujourd’hui à la tête d’un élevage de 500 poulets et s’est diversifié dans la culture de fraises et de coriandre. «Pius est l’un de nos premiers clients, nous lui avons octroyé trois microcrédits pour qu’il puisse développer au fur et à mesure sa ferme. Les banques sont frileuses pour prêter de l’argent aux petits paysans » résume Peris Bosire, cofondatrice de FarmDrive, société d’intermédiation de crédits, soutenue par l’Agence Française du Développement (AFD). Une start-up qu’elle a montée avec Rita Kimani, également diplômée de l’université de Nairobi. «L’opération avec Pius a été rendue possible grâce au téléphone mobile via M-Pesa », précise-t-elle.

Il s’agit d’un système de microfinancement et de transfert d’argent par téléphone mobile, un moyen sûr et efficace dans un pays où le paiement sur portable est le plus utilisé au monde. «Au Kenya, cela concerne une transaction sur deux », indique Jean-Michel Huet, spécialiste de l’Afrique au sein du cabinet Bearing Point et auteur du livre Le Digital en Afrique. Cet exemple parmi tant d’autres montre le rôle majeur des TIC (technologies de l’information et de la communication) dans le développement de l’agriculture sur ce vaste continent qui, à l’horizon 2050, comptera un quart de la population mondiale et autant de bouches à nourrir. « Les TIC permettront à ce secteur qui emploie 60% de la population active d’augmenter fortement sa productivité», insiste Jean-Michel Huet. Grâce au téléphone portable, dont l’usage est très répandu (60 % de la population africaine en moyenne), les agriculteurs accèdent à des données très utiles. « Des informations qui répondent à des questions clés telles que la météo, l’évolution des prix, les acheteurs potentiels, les nouveaux marchés ou les crises sanitaires», détaille Chris Addison, coordinateur au sein du CTA (Centre technique de coopération agricole et rurale), institution des États du Groupe ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne (UE).

Frein de l’illettrisme

En partenariat avec deux ONG, Rongead à Lyon (commerce durable) et sa correspondante en Afrique de l’ouest N’Kalo, CTA a mis en place la plateforme «Market Intelligence». Elle sensibilise les agriculteurs aux tendances du marché. « Elle les aide à déterminer le moment et les lieux idéaux pour vendre leur production », commente Benjamin Addom, en charge de ce projet au CTA. Concernant la météo, le CTA collabore en Ouganda au projet MUIIS. À partir d’images satellites européennes, il fournit des informations météorologiques et agronomiques.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a pour sa part choisi le Sénégal et le Rwanda pour mettre en œuvre la phase pilote de son programme intitulé «Services agricoles et inclusion digitale en Afrique », qui transmet aussi des informations météorologiques. «Il apportera une vraie valeur ajoutée face au changement climatique en indiquant aux agriculteurs la meilleure période pour retourner le sol, semer ou récolter, ce qui leur permettra d’améliorer leurs rendements et leurs revenus», précise Cezar Santos Alvarez, de la division des technologies de l’information à la FAO.

Il existe toutefois plusieurs freins au développement des TIC. Le premier est sociologique. Pour faire face à l’illettrisme, « certains systèmes utilisent la radio et le développement des stations FM locales pour fournir les informations agricoles », note Chris Addison. Le deuxième concerne le faible taux d’équipement en milieu rural. «Dans de nombreux villages où le taux de couverture est faible, une personne loue l’accès à son téléphone portable comme la cabine téléphonique dans le temps, compare Jean Michel Huet. En outre, le coût de la technologie par satellite est en forte baisse. » Enfin se pose une question stratégique, celle du droit des agriculteurs sur ces données et leur utilisation éventuelle par des tiers.

Source : Le Figaro