Interview avec Maurice Sawadogo: reconnaissant la faute d’Ali Darwiche, sa famille décide de demander pardon au Conseil du Café-Cacao

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M. Maurice SAWADOGO demande pardon au Conseil Café-Cacao au nom de la famille Darwiche

Arrestation de l’acheteur de cacao : La famille Ali Darwiche, les chefs coutumiers et Imams d’Akoupé demandent pardon selon Maurice Sawadogo, porte-parole de la délégation venue d’Akoupé.

Bonjour M. Maurice Sawadogo. Quelles sont les raisons qui vous conduisent à notre rédaction?

Je voudrais avant tout, dire merci à votre jeune structure, l’Agence Ivoirienne de Presse Agricole ou mondeagricole.net. Vous qui avez décidé de faire la promotion de l’agriculture et des investigations dans ce secteur, méritez d’être salués. C’est une bonne initiative en décidant de vous spécialiser dans l’agriculture.

Nous apprécions également le Réseau des journalistes spécialisés en café-cacao et cultures pérennes dont vous êtes l’initiateur.

Récemment, vous avez accordé une interview au Président Tapé Do. Après lui, c’est le successeur d’Amouzou Henri à l’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (Anaproci) que vous avez accordé la parole.

Ensuite, ce fut le tour de la Cosaci qui est la Confédération des syndicats agricoles de Côte d’Ivoire. Tous se sont prononcés en condamnant les agissements des grévistes. Je voudrais vous saluer pour l’effort que vous faites. Persévérez car on dit souvent qu’au bout de l’effort, il y a toujours une récompense.

Aujourd’hui, c’est à moi que vous accordez la parole afin de me prononcer sur un sujet sensible, l’arrestation de l’acheteur de cacao, Ali Darwiche.

Qui est cet homme ? Le connaissez-vous ?

Je le connais très bien. Il achète le cacao à Akoupé. Il a également des réalisations à Abengourou où je suis basé. Il fait beaucoup pour le monde agricole.Je le connais parce que je suis producteur de cacao et président du Conseil d’Administration de la Société Coopérative des Agriculteurs Agnitiè d’Abengourou (SCOOP 3A). Ce n’est pas dans le cadre de ma société coopérative que j’interviens.

En effet, j’ai été envoyé par des chefs coutumiers, des imams et la famille de l’acheteur Ali Darwiche pour rencontrer le Conseil du Café-Cacao pour demander pardon aux responsables de cette structure et surtout au gouvernement. Demander aussi pardon aux nombreux producteurs qui ont été affamés par la faute de l’acheteur.

Que s’est-il alors passé pour que l’acheteur soit arrêté ?

 Je ne veux plus revenir sur les faits. Mais le moins que je puisse dire, c’est que la famille Darwiche, les chefs coutumiers et les imams d’Akoupé m’ont chargé de demander pardon aux producteurs, au Gouvernement et à toute la nation à travers Le Conseil du Café-Cacao.

Avez-vous rencontré les responsables du Conseil du Café-Cacao ?

Oui. Nous sommes allés au Siège du Conseil du Café-Cacao, le mercredi 8 mars dernier. Etaient présents Mohamed Darwiche, frère de l’acheteur Ali Darwiche et le président de l’Association des consommateurs de Côte d’Ivoire, Marius Comoé. Nous avons présenté les excuses de l’acheteur au Conseil du Café-Cacao.

Reconnaît-il son erreur alors?

C’est parce qu’il y a eu faute lourde que nous sommes allés demander pardon en présence de son frère Mohamed Darwiche qui a même souhaité que Marius Comoé soit de la délégation.

Nous ne sommes pas les syndicalistes qui  font du bruit sans être allés à la source. Il y a eu effectivement une dette de la part de l’acheteur. Il y a eu une infraction caril a acheté du cacao sans payer le prix du produit livré. Il est tombé sous le coup de la loi. Au moins, il faut le reconnaître. Nous sommes dans un Etat de droit, un pays organisé avec des structures efficientes. Quand on est en faute on subit la rigueur de loi. C’est le cas de l’acheteur.

C’est pourquoi, nous ne sommes pas d’accord avec des syndicalistes qui projettent une grève pour réclamer la libération de Darwiche. Si l’acheteur reconnaît sa faute pourquoi vouloir faire une grève pour réclamer sa libération ? Bref, l’acheteur a commis une infraction qu’il reconnaît. Il était donc important pour les parents de Darwiche, chefs coutumiers et imams de demander pardon.

Qu’est-ce qu’on lui reproche ? Pouvez-vous le dire clairement à la nation ?

Le fait d’avoir acheté du produit sans payer le prix de la livraison et que la dette dure plus d’un mois est contraire à l’article premier bis de la loi 89-521 du 11 mai 1989 relatif à la répression des infractions en matière de commercialisation des produits agricoles.

Cet article prévoit des sanctions contre tout commerçant, tout acheteur de produits agricoles qui n’aurait pas payé intégralement le prix des produits livrés aux producteurs un mois après livraison. Or, le cas de M. Ali Darwiche a excédé plusieurs mois et cela a occasionné des troubles, une manifestation des producteurs qui ont bloqué la route internationale de l’Est parce qu’ils réclamaient leur argent à l’acheteur.

Le Conseil du Café-Cacao n’a fait qu’appliquer cette loi qui est faite pour protéger les producteurs. Or, nous apprenons que des syndicats se préparent à des manifestations contre la plainte du Conseil du Café-Cacao dans les délégations régionales.

Un syndicaliste qui ignore la loi est dangereux pour son pays. Il leur appartient de se former pour connaître l’intérêt de la loi. Le Conseil du Café-Cacao a appliqué la loi c’est tout. Cette loi n’est ni de Massandjé TOURE-LITSE ni du Président Alassane Ouattara. Elle existe depuis 1989. Si les syndicalistes ne veulent pas de cette loi, cela veut dire qu’ils ne luttent pas pour les paysans. Car en réalité, cette loi est faite pour la protection des producteurs.

Quant à nous, sommes allés demander pardon parce que la famille Darwiche, les chefs coutumiers et les imams l’ont souhaité. Les imams se sont impliqués dans cette affaire parce que Darwiche est musulman. L’acheteur est en faute, les documents que nous possédons le montrent clairement.

Etes-vous sûrs que l’acheteur Darwiche est au courant de votre démarche ?

J’étais au Conseil du Café-Cacao avec Mohamed Darwiche frère de l’acheteur Ali Darwiche. Il a posé un acte sans savoir qu’il se livrait à la justice. Madame le DG du Conseil du Café-Cacao a fait preuve de bonne foi. En effet, elle l’a interpellé à plusieurs reprises l’invitant à discuter avant son arrestation. Souvent, l’homme pour qui nous demandons pardon aujourd’hui ne prenait pas le téléphone du DG du Conseil du Café-Cacao. Son frère le reconnaît.

Pour finir, cela ressemblait à une arnaque. Et comme c’est le Conseil du Café-Cacao qui est le régulateur, était obligé de porter plainte parce que la situation a bloqué la route de l’Est à cause d’une manifestation des producteurs qui réclamaient leur argent.

Souvent, la presse raconte que les producteurs n’ont pas porté plainte. Ce n’est pas vrai. Ils ont bel et bien saisi le Conseil du Café-Cacao du fait que leur argent n’était pas payé à une date raisonnable. Leur manifestation pour contester la situation a permis au Conseil du Café-Cacao de prendre ses responsabilités. Il faut qu’on dise la vérité aux journalistes et aux Ivoiriens. Le gouvernement soutient les prix. Si les acheteurs et exportateurs sont de bonne foi, la campagne ne serait pas perturbée parce qu’avec le système de la stabilisation, la chute des cours au plan mondial ne devrait pas avoir d’incidence sur le prix en Côte d’Ivoire.

La vérité qu’il ne faut pas cacher aux Ivoiriens, c’est que le nouveau système, c’est-à-dire la stabilisation des prix est favorable aux paysans. Les exportateurs et les acheteurs trouvent que ce système ne peut pas leur rendre de plus en plus riches au détriment des paysans. Voilà pourquoi le système est combattu. Il faut aussi rappeler que le prix indicatif a fait le malheur des producteurs pendant une dizaine d’années. Avec cet ancien système, les exportateurs et acheteurs s’enrichissaient vachement alors que les producteurs, les maillons essentiels du cacao maigrissaient.

Le Président Ouattara change les choses et on utilise dans l’ombre des syndicats pour combattre le système. Malheureusement,des syndicalistes qui n’ont aucune formation se perdent dans leur combat.

Le calme est-il revenu à Akoupé ?

Le calme est revenu à Akoupé depuis que Darwiche a été arrêté.  La plainte du Conseil du Café-Cacao a donc ramené l’ordre à l’Est. Les syndicalistes qui s’agitent n’aiment pas la rigueur avec laquelle la filière café-cacao est gérée. Si c’était avant, ces derniers auraient pu déjà empocher des centaines de millions de FCFA et se seraient tus.

Je voudrais préciser qu’une manifestation des syndicalistes compliquerait les choses. La famille Darwiche demande pardon. C’est ce qu’il faut retenir. Et comme c’est la première fois que cette situation lui arrive, on ne peut que demander pardon au Conseil du Café-Cacao et au Gouvernement pour sa libération.

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